Jocelyne Rioux soulève une question
" Les hirondelles de notre nichoir semblent encore tenir le coup. Elles nourrissent présentement cinq oisillons qui semblent prendre des forces à tous les jours. Elles sortent leur petite tête de plus en plus dans les fenêtres de côté. Samedi dernier le 3 juillet, notre cour arrière a été envahie par douze hirondelles bicolores qui sont demeurées une dizaine de minutes. Plusieurs se tenaient sur un fil électrique mais d'autres tentaient de visiter le nichoir pendant qu'un des parents en gardait l'entrée.
D'autres se tenaient sur le perchoir sous les fenêtres de côté et semblaient bien apprécier de voir ainsi les oisillons. Il semblait bien y avoir plusieurs juvéniles et nous avons présumé qu'il s'agissait de bicolores qui venaient de prendre leur envolée. Est-ce normal qu'elles viennent en si grand nombre à la fois?"
Il n'y a rien de plus beau que de voir autant de bicolores affairées autour d'un nichoir. Elles fraternisent ainsi en ne cachant pas cette joie débordante. Elle sont d'une curiosité enfantine aussi et ne peuvent pas résister à la tentation de voir les occupants qui quitteront bientôt le logis. C'est à cette période surtout que le mot se donne et qu'elles accourent. Elles arrivent heureuses et enthousiastes pour l'encouragement de la dernière heure. Les bébés auront ainsi le goût du dehors et ne tarderont pas à se mêler à la bande.
C'est à Baie-du-Fèvre qu'il m'a été donné d'assister à un spectacle semblable pour la première fois de ma vie. C'était sur le bord du St-Laurent et l'espace ne manquait pas pour les rassemblements. Sur les fils entourant un vieux chalet de pêche, un millier d'hirondelles bicolores s'y entassaient. Sur un nichoir à proximité, pas moins d'une vingtaine de bicolores avaient le cœur en fête. Je n'ai jamais vu un tel spectacle. Elles entraient dans le nichoir à tour de rôle, sans querelles aucune et dans un silence éloquent. C'est comme si une chose étrange avait habité le nichoir. Curieusement, elles touchaient l'habitacle sur la pointe des ongles pour s'en éloigner aussitôt. On aurait dit une danse connue d'elles, une tradition heureuse de l'espèce, une sorte d'initiation primitive ou encore un rite fabuleux à perpétuer. Je me rappelle être resté ébahi un très long moment, sans bouger, profitant pleinement de cette scène inédite.
Depuis, sur le site de St-Hyacinthe, il m'a été donné plusieurs fois d'assister à ce genre d'attroupements fabuleux. À chaque fois, il y avait comme une hésitation pour les hirondeaux du nichoir choisi à s'aventurer dans l'espace. L'encouragement aidant, les bébés osaient enfin et il s'en trouvait toujours une ou deux pour soutenir le vol osé. Lorsque le bébé fatiguait et que son vol s'alourdissait, une autre surgissait aussitôt et se glissait sous le ventre de celui qui apprenait à glisser sur l'air.