Aujourd'hui (hier), notre fille Lyne a donné naissance à une jolie petite fille. 7 livres et 8 onces. Une petite sœur pour Carelle qui s'écriait joyeusement en apprenant la nouvelle: " elle est sortie, elle est sortie ma p'tite sœur? " J'y reviendrai sûrement.
Le temps des cerises est passé mais pas encore tout à fait celui des gadelles. De ce temps-là, les oiseaux sont nombreux dans la cour, pourtant les graines dans les mangeoires sont plutôt rares. J'ai négligé le remplissage ces derniers temps et malgré tout, les oiseaux ne m'ont pas abandonné pour autant. Bien au contraire.
C'est que les fruits ne manquent pas, loin de là. Ça fait plus de deux semaines qu'ils se gavent de gadelles. Les fruits sont si rouges et si mûrs qu'ils fondent dans les becs. À voir tous ces oiseaux qui y passent des journées entières, on pourrait facilement croire que le mot délice a trouvé son sens au pied de la clôture.
À tout moment, il y en a un qui plonge dans les branches comme dans une assiette. Souvent aussi ils en ressortent si vite qu'on les dirait gavés pour toujours. Mais non, c'est notre présence qui dérange, ils reviennent très vite, aussitôt que le coin est libre à nouveau.
Il y a tellement de fruits que j'ai l'impression qu'ils n'arriveront pas à tout cueillir. Par chance, et pour aider un peu à la cueillette, il y a ma petite Carelle qui s'en mêle. Elle y passe un temps fou à déguster. Mon dieu qu'elle aime ces fruits! Vous imaginez ces petits doigts d'amour qui saisissent le fruit gonflé de soleil? Elle n'a même pas trois ans qu'elle connaît déjà la fragilité de sa chair.
Si par hasard le fruit se fendille, elle le laisse dédaigneusement tomber au sol pour en saisir un autre au plus vite, comme les oiseaux le font par maladresse, pour finir par manger toutes les miettes échappées.
J'aime les oiseaux quand ils étirent les pattes et le cou pour atteindre les fruits qui ont poussé hors de leur portée. Une gourmandise exquise qui fait craquer ma petite Carelle.
Et moi aussi quand je la vois fouiller minutieusement les branches pour en détacher les plus grosses grappes. C'est bon qu'elle répète toujours délicieusement!
Que dire du viorne qui trône au fond de la cour? Ses fruits sont noirs comme du charbon et les grappes sont si nombreuses au sommet de l'arbre qu'on dirait un immense parapluie qui protège de tout. Quoique, je dirais plutôt que c'est comme une carte d'invitation officielle à tous les passants du ciel. Et c'est moi qui en profite le plus.
Un autre événement, moins heureux celui-là. Notre autre fille, Anny de son prénom, a perdu son chien Gismo hier. Il avait dix ans et c'était quasiment un membre de la famille. Que de peine il a fallu partager!
C'est avec Gismo qu'elle a traversé les moments les plus difficiles de sa jeune existence. Je parie que c'est à lui qu'elle a confié ses plus intimes secrets. C'était un petit chien sympatique, attentif et docile. Il ne ratait jamais une occasion de manifester sa joie et son attachement. Une seule caresse le comblait d'aise. En remerciements, il s'étirait longuement, le museau dans les pattes, et il vous dévisageait de plaisirs, les yeux langoureux et l'air de se plaindre de sa solitude. Son regard attendrissant réclamait d'autres caresses encore avant de se rouler d'enchantement. Il était très gentil, et qu'on me pardonne la comparaison, c'était un ange à quatre pattes.
Tardivement il est vrai, mais le voici.