Aimer
Gérard Lepage
Elle était belle et jeune et je la connaissais depuis longtemps. Je savais depuis quelque temps qu'elle avait des problèmes mais je me disais que la vie est faite comme ça. Un jour, quelqu'un m'a contacté pour me dire que les choses avaient pris de l'ampleur.
Je me rappelle tellement cette journée. Je suis parti avec seulement une adresse en poche mais surtout avec une grande tristesse au cœur. Il était environ dix-neuf heures quand j'ai frappé à la porte de ce logement miteux. Heureusement, c'est elle qui m'a ouvert.
Lorsqu'elle m'a vu, des larmes ont perlé sur ses joues ainsi que sur les miennes. Après quelques brefs échanges, je lui ai fait comprendre qu'elle n'était pas à sa place dans cet endroit. Je dois dire qu'elle était enceinte et le désir de l'aider était doublement intense. Elle avait dix huit ans et déjà sa vie lui semblait comme un mal qu'elle n'avait pas souhaité. Je me rappelle très bien lui avoir dit de ramasser ses affaires et de venir habiter chez moi, le temps qu'elle fasse le point sur sa vie.
J'avais eu la bénédiction de mon épouse, évidemment. La première semaine en fut une de respect de part et d'autre. Un certain soir, voilà qu'elle vient me rejoindre au salon alors que nous étions seuls à la maison. Elle me dit soudainement, j'aimerais me faire avorter. En la regardant, je lui ai demandé si cela la rendrait plus heureuse? Elle répondit oui. Je savais qu'elle désirait connaître mon opinion, mais je me suis abstenu de lui faire part de mes convictions sur le sujet. Je lui ai simplement répliqué que je vivrai heureux si elle devait l'être aussi.
Quelques jours plus tard, elle est revenue au salon en sachant très bien que nous étions encore seuls. J'ai réfléchi me dit-elle et je pense que j'aimerais garder cet enfant. Une fois de plus je lui ai demandé si cela la rendrait heureuse. Encore là, elle a répondu par l'affirmative. C'est alors qu'elle m'a dit que je ne compliquais rien, moi. Au fond, elle avait compris que tout ce que je souhaitais, c'était son bonheur.
C'est là que nous avons passé un contrat. Je lui promettais que si elle décidait de garder l'enfant, alors jamais je ne la laisserais tomber, que je serais toujours là pour l'aider. Ce pacte dure depuis une quinzaine d'années et aujourd'hui, je suis fier de les voir grandir tous les deux dans la vie, dans ma vie.
Son fils a maintenant l'âge de l'adolescence et il est merveilleux. La maman se porte très bien et elle a un conjoint mature et responsable. Ensemble, ils ont bâti une garderie et ils vivent très heureux.
Peut-être vous demandez-vous pourquoi j'ai voulu aider une jeune fille de dix huit ans, alors que j'avais l'âge d'être son père? C'est bien vrai que je l'aimais et je suis toujours en amour avec elle. C'est normal car c'est ma grande fille pour qui je donnerais ma vie.
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