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Les billets de René
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Bizarre quand même!
Gérard Lepage

Il est indéniable que la nature occupe une grande place dans ma vie. Mes premiers souvenirs remontent à mon enfance, car c'est par l'entremise de mon frère René que j'ai pu découvrir toute sa richesse. Ça remonte au cimetière derrière la maison familiale, curieuse initiation penserez-vous! C'est que mon frère avait et a toujours une énorme passion pour les oiseaux, une flamme qu'il a su me transmettre d'ailleurs.

Ce matin là, il y a longtemps déjà, il avait installé un trébuchet sur la clôture du cimetière afin de capturer des chardonnerets. Il fallait d'abord garder le silence pour les attirer vers nous, et surtout pour ne pas les effrayer. Cette passion a cheminé et avec les années elle m'a permis des rencontres merveilleuses avec moi-même.

En pratiquant la pêche, la chasse et l'observation des oiseaux, je tente toujours de m'élever à un niveau spirituel. Quand je chasse l'orignal, je suis seul dans une cache durant huit jours, entre bruits mystérieux et loups. Seul avec mes pensées, mes aspirations et mes désirs, je ne peux que m'interroger sur le sens de ma vie.

Une semaine avec soi-même, avez-vous déjà tenté ça? On a alors tout le temps nécessaire pour faire le point sur sa vie, pour confronter les bons coups et les moins gratifiants. C'est le moment idéal pour prendre conscience que nous sommes les décideurs de ce qui arrivent à nos vies. Tout dépend de soi dans la vie et rien ne doit être la faute des autres. Voilà une dure vérité dont on ne prend pas toujours conscience.

Je ne me lasse jamais d'admirer les montagnes et la faune qui l'habite. C'est toujours un vif plaisir d'observer les castors, ces infatigables travailleurs; de croiser un fin renard, un ours, un chevreuil. J'y vois toujours là et à chaque fois, une éloquente et habile démonstration de la beauté de la création. Pourquoi refuserais-je d'y rattacher les choses de la vie? Et puis, comme pour accompagner cette gratifiante solitude, il y a encore le chant des oiseaux qui m'entourent et ces bernaches qui fuient les lacs par centaine. Gracieusement, avec une force toute naturelle, elles se laissent subtilement conduire vers d'autres lieux. Le magnétisme terrestre est leur guide, et sans souci elles filent joyeusement vers leur destinée. Tout le contraire de nous quoi, nos pieds s'accrochent aux obstacles et on ne voit plus l'heure de faire l'effort de les lever.

Je crois que je ne pourrai plus jamais me priver de ces grands moments qui m'apportent réconfort et paix; ces heures sont toujours une source de vie, plus féconde encore que le plus puissant des médicaments.

C'est parfois très long avant que l'orignal ne se décide à emprunter la route où je me suis blotti et l'attente se déroule souvent dans une lecture qui favorise l'introspection. Et puis, qu'est-ce que t'as vu aujourd'hui me demande-t-on avec empressement à la fin de la journée? La réponse n'a souvent rien à voir avec la chasse. Bizarre quand même!