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Les billets de René
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| René Lepage
Le soleil se lève au dessus de la montagne. Son visage épanoui est triomphant. La journée sera belle et chaude. Le journal La Presse repose sur mes genoux tandis que mon regard plonge dans le ciel de ma cour. À cette heure matinale, ils s'y passent des choses intéressantes et plus captivantes qu'on imagine. Au delà des grandes fenêtres du solarium, la vie ailée a pris son envol quotidien.
La vie est tranquille aux mangeoires par les temps qui courent? Mais pour autant, les oiseaux ne sont pas moins nombreux. Tandis que les bicolores animent le ciel de leurs multiples acrobaties, les merles d'Amérique en font tout autant en trottinant fièrement au sol. Ils courent dans tout le jardin mais ne dédaignent pas non plus les bordures du bassin d'eau. Ils semblent y trouver une manne précieuse à toute heure du jour. J'aime bien quand ils sautent carrément dans l'eau pour s'y baigner. Ils choisissent la profondeur qui convient à leur taille, puis ils secouent vigoureusement leurs ailes en se douchant généreusement.
Tous les oiseaux qui me visitent en font autant. D'autant plus que l'eau coule abondamment dans une vingtaine de soucoupes accrochées en cascades ici et là dans le gros érable desséché du fond de la cour. En réalité, chaque soucoupe est un bain d'oiseaux et les occasions de se tremper et de se désaltérer ne manquent pas. Il y a même un pic qui profite du site pour défoncer l'écorce de son bec. Je trouve des lanières importantes qui ne résistent pas et tombent dans l'eau. L'arbre est mort évidemment et je fais le pari que les pics achèveront un nid avant le prochain printemps. Dans ma cour, j'y vois peu de roselins familiers et les mésanges ont choisi un autre lieu pour nicher. Elles reviendront vite, aussitôt que les bébés auront besoin d'une première leçon aux mangeoires. Les bruants chanteurs ne cessent de triller. Il sont partout à la fois et leur chant incessant sème la joie. C'est à croire que les femelles le font exprès pour résister au charme, pourtant irrésistible. Les bruants à couronne blanche sont présents aussi, ils picorent sans arrêt en longeant la clôture. Ils y trouvent sûrement des restes de plantes jonchant le sol. Heureusement que le temps a manqué pour nettoyer, je peux maintenant profiter de ces oiseaux de passage. Vous avez remarqué leur beauté? Non seulement ces raies blanches et noires les coiffent à merveille mais le gris de leur poitrine les habille à ravir. Ils sont plus grands que les moineaux et ils ont cette habitude de sautiller en se tenant comme des petits soldats. Dommage qu'ils ne soient que de passage. Je les aurais bien hébergés tout l'été. C'est devenu une habitude pour les cardinals de se nourrir au carthame. Ils y cueillent leurs rations quotidiennes plusieurs fois par jour. La tonnelle fait partie de la ruse pour s'approcher incognito à la mangeoire. Je connais leur manège maintes fois répétés, mais je fais toujours semblant de ne rien voir. |
On la dit triste et nostalgique mais seulement quand elle roucoule. J'en hébergeais 42 au plus fort de l'hiver dernier. On pouvait les compter par dizaines sur la tonnelle et autant autour du plan d'eau glacé. L'angle de la maison et du solarium était l'endroit idéal par temps très froid. Le soleil y plonge à longueur de journée et le vent est totalement absent. De la fenêtre on pouvait les observer dormir à loisir.
Les tourterelles sont moins nombreuses aujourd'hui mais tout de même très présentes sur la terre chaude et dénudée du jardin. Il suffit de scruter un peu pour voir ces poulettes grises dormir paisiblement aux tournants des sentiers. Ce matin, il y avait un bal d'oiseaux devant ma fenêtre. Deux couples de bicolores avaient le cœur en fête en lançant triomphalement les plus belles notes de leur répertoire. Elles glissaient joyeusement sur l'air frais en répétant une valse depuis longtemps apprise mais dont les amateurs ne cesseront jamais d'applaudir. Les merles d'Amérique nichent toujours dans le sapin et le mâle poursuit inlassablement les quiscales qui osent s'approcher de trop près. Elles viennent pour le bain mais la permission ne leur est pas accordée. Aussitôt posées, le mâle les poursuit loin de l'autre côté de la haie de cèdre. Puis, il revient à vive allure et pose en sentinelle. Les bicolores sillonnent souvent le dessus du sapin sans que le merle ne daigne lever la tête. Tandis qu'il s'attaque passionnément à tout ce qui bouge au sol, il reste indifférent à tout ce qui vole au dessus. Ainsi, la femelle couve en paix les quatre œufs bleutés qui ne tarderont plus à éclore maintenant. Je vois déjà ces jeunes bébés quémander la becquée. Une mouette est passée au dessus de la cour, elle agitait la tête de tous les côtés pour ne rien manquer de ce qu'il y avait en dessous. Plus haut dans les airs, de gros oiseaux tournent en rond. Certainement des urubus à tête rouge qui n'ont pas l'air de savoir où aller. Pour compléter le tableau, des chardonnerets indifférents traversent le paysage en sauts périlleux. Ils s'approchent avec assurance de la table au chardon. Ils sont les seuls je crois bien à nicher tardivement en saison. Les mauvaise herbes doivent mûrir d'abord. Entre temps, nous profitons de leur présence aux mangeoires, de leurs couleurs attrayantes et de leur bonne humeur aussi. Tout ça me donne envie d'y flâner la matinée entière. Déjà que La Presse a été délaissée au profit de tous ces volatiles qui volent la vedette. Mon café a refroidi et le téléphone sonne plusieurs coups avant que je me décide à décrocher. Enfin sorti de ma bulle, ma journée peut commencer. |