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Les billets de René
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| René Lepage
Il me semble que c'était hier encore. Je venais de descendre de voiture quand soudain je me suis mis à faire des gestes ridicules. Seul au milieu du stationnement, je gesticulais comme un enragé. Le porte documents se balançait au bout des bras pour chasser l'intruse. Je croyais être seul et je ne voulais pas pour tout l'or au monde être vu à me débattre d'une si piètre manière.
Juste au dessus de ma tête, sur le toit de l'école d'à côté, un ouvrier observait depuis un moment ma danse impromptue. J'étais comme un noyé qui se débattait dans l'air avec les baguettes en l'air. C'est alors que je l'ai entendu me crier de tous ces poumons: À t'mangeras pas s..tie! J'ai tellement peur des abeilles, des guêpes, des frelons et de tout ce qui leur ressemble. Pourtant, plus jeune, mes frères et moi chassions les bourdons les jours de congé. Nous prenions un vilain plaisir à les capturer à pleine main. Puis, on desserrait lentement les doigts et notre prise se confirmait en entendant le bourdonnement qui rugissait à l'oreille. Autre temps autres mœurs, je n'oserais plus pareille audace aujourd'hui. Ils m'étonnent plutôt avec de si petites ailes pour se déplacer. Je les trouve mignon, vaillants et courageux. On les dirait trop gros et trop lourd pour le moteur dont ils sont pourvus. Tout le contraire des guêpes qui savent attaquer à la perfection quand elles sont frustrées. Et c'est justement ce qui m'est arrivé. Elle a attaqué la vilaine! Elle n'a pas piqué, en carnivore elle a mordu méchamment mon bras en emportant un morceau de chair. Elles avaient trouvé refuge sous le toit de l'entrée arrière du garage. Il y avait sûrement un bon bout de temps qu'elles travaillaient à la confection de ce nid de papier. Il était gros comme un pamplemousse et les guêpes s'activaient tout le jour en sillonnant cet espace que nous traversons cent fois par jour. |
Comment se défaire d'un nid de guêpes sans se faire piquer… ou mordre? C'est facile me rassure un voisin. Tu attends la pleine noirceur, tu enrobes le nid d'un sac vert et tu arraches le tout. Il me semble que c'est une bonne manière en effet, mais croyez-vous que je m'y risquerais? Juste à y penser, j'imaginais que le nid m'échapperait et que les guêpes partiraient en guerre. Bon j'exagère mais quand je vous dis que j'ai peur des guêpes.
Trois jours plus tard, à force d'en parler, un autre a proposé cet insecticide en mousse. Il suffit de viser juste, à huit pieds de la cible si on veut. C'est déjà pas mal. À distance comme ça, je me sentais un peu plus intrépide. Une lampe de poche dans une main et l'arme fatale dans l'autre. J'ai appuyé sur le piston et le jet savonneux a aussitôt fait mouche. Le nid s'est alors complètement enrobé et les guêpes ont perdu l'unique sortie. Comme le disait les instructions, avec courage j'ai plongé dans le nid cette longue tige qui me servait de fusil. Puis, j'ai laissé la crème insecticide se répandre abondamment à l'intérieur. Quelques secondes ont suffi pour tout détruire. Soulagé par cette réussite espérée, j'ai fait trois pas en arrière pour guetter la suite. Tandis que j'éclairais la scène, la mousse blanche dégoulinait abondamment en taches noires et jaunes. |