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Les billets de René
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| René Lepage
En attendant la remise en marche de mon ordinateur, je me suis ennuyé… un peu tout de même. L'habitude de vous écrire m'a manqué, c'est fou comme je suis lié à tous ces billets que je vous adresse au fil des jours. N'empêche que je me suis attaché à vous tous qui me faites l'honneur de me lire assidûment.
Tiens, ça me rappelle le temps où je travaillais. Enfin, avant ma retraite il faut dire. À l'époque, vous ne le croirez pas, je commençais à m'ennuyer dès le vendredi soir, quand je voyais les élèves fuir l'école au pas de course. Alors que j'aurais voulu continuer à besogner, je devais me résigner à partir à mon tour. Je n'ai jamais pu supporter le silence d'une école et ses longs corridors sans voix, sans vie. J'étais hantés par le bruit des moteurs qui ronronnaient comme un bataillon de chatons, des bruits inconvenants qui se noyaient dans les jeunes voix les jours de classe. Des voix que les maîtres temporisaient de leur mieux quand cessait la récréation. Avez-vous déjà arpenté les longs corridors d'une polyvalente, quand ils sont vides de tout? Quand l'écho de vos pas se perd dans les grands escaliers qui débouchent sur la grande place? C'est bien là que j'aimais me retrouver, au milieu de cette jeunesse bruyante et brillante. |
Aujourd'hui, ces tristes corridors sont devenus les sentiers de mon jardin,
et le chant des oiseaux a miraculeusement succédé aux voix studieuses des jeunes apprentis sorciers qu'ils étaient.
Les murs de mon école s'habillaient de jolies couleurs dans le temps, quand les criailleries des enseignants, jamais très nombreuses, se taisaient enfin. Dans mon jardin, le silence est toujours apaisant, aussi reposant que ces gentils grillons qui chantonnent dans l'euphorie des nuits chaudes. Intensément, je croyais en mon école, à cette étoile brillante qui guidait mes pas. Hélas, des tempêtes insignifiantes ont souvent perturbé l'homme qui ne cherchait qu'à servir. Embusqués-es au détour d'un projet créateur, on visait sans voir, on jugeait sans écouter. Je me demande encore ce qu'en disent ces grincheux de l'heure qui bavaient leur mal sur tout et rien? Dans le temps, mais encore aujourd'hui, on dirait que l'humanité se sent obligé de jouer son éternelle comédie, quoique le public en dise. |