Les billets de René
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Il y a beaucoup à voir!
René Lepage
Les feuilles de la cour ont commencé à s'habiller autrement. Les oiseaux aussi. Avez-vous remarqué le nouveau plumage des mésanges? Il n'y a pas si longtemps encore, leurs plumes ébouriffées leur donnaient l'air d'avoir mal dormi. C'est différent aujourd'hui, elles sont endimanchées comme aux premiers jours du printemps. Elles sont belles voilà tout. Et bien davantage quand elles sifflent entre les branches… chick-a-dee-dee-dee!

Les chardonnerets jaunes ne le seront plus bientôt. C'est à leur tour de s'habiller en automne, des plumes plus sombres certainement, comme le veut la saison, mais toutes aussi brillantes de santé. Mâles et femelles seront tous semblables. Comme les bébés de la saison d'ailleurs! Tous sur un même pied d'égalité et tellement contraire aux hommes qui ne le seront jamais.

Le ventre toujours bien rempli, riches de vie et perpétuellement joyeux. Vous appréciez l'agilité des chardonnerets quand ils surgissent du ciel à petits coups d'ailes? Ils freinent leurs élans pour finir par se poser sur une branche d'échinacée. Incidemment, les graines ont commencé à mûrir et la manne est prodigieuse cette année. Le temps frais que nous avons connu a certainement contribué à fleurir la cour de cette très jolie plante appréciée non seulement des jardiniers mais aussi des amateurs d'oiseaux.

Les bruants profitent aussi des graines qui jonchent le sol. Les familiers comme les chanteurs et bientôt les juncos et les bruants à couronne blanche. Comme si la mémoire ne leur manquait jamais, tous se souviendront de ces repas copieux au prochain printemps. On les reverra donc se faufiler sous les échinacées, les silphium, les gadeliers, et encore les pommetiers. Ils feront leur plat de tout ce que le froid aura bien conservé. Prenez garde cependant de ne pas raser ces plantes au ras du sol avant le printemps prochain.

C'est d'une telle féerie ce matin dans la cour! Il faut des yeux tout le tour de la tête pour tout voir. Au fond du bassin, une cascade émerge doucement et les roselins y tiennent une réunion matinale. Tout en jacassant, ils profitent amplement du filet d'eau qui coule doucement; ils se douchent copieusement. Parmi eux, on peut facilement reconnaître la relève de l'année. Des jeunes, encore en habit d'enfants avec ces petites plumes de nid toutes retroussées sur leur tête. Bien douchés, les voilà qui se dorent au soleil sur la toiture de la remise du voisin.

Plus bas, en bordure du bassin, une demi-douzaine de tourterelles flânent paresseusement. Juchées sur des pierres chaudes, les ailes étendues, elles se laissent darder par le soleil. Voilà une jolie manière d'écouler le temps!

Le croirez-vous, c'est la fête aussi dans le sorbier des oiseaux. L'arbre a pris la peine de s'habiller majestueusement pour la rentrée d'automne. Il est couvert de grappes rouges, un parapluie de fruits si rouges qu'ils donnent envie de les goûter. Vraiment, la nature a été d'une rare générosité. Et ça explique sûrement la présence de tous ces volatiles qui se disputent la table.

Ici et là, il y a des jaseurs d'Amérique qui s'adonnent à la gourmandise. Et ce que j'aime le plus, c'est de les voir s'accrocher à une frêle branche pour en décrocher le fruit. Elle plie l'échine et le jaseur obéit au mouvement, comme sur une balançoire, en laissant découvrir ses dessous.

Il n 'y a pas que des jaseurs dans cet arbre. Deux pics flamboyants partagent le repas. Tiens, je ne les vois pas souvent ceux-là, mais comme tous les autres, ils sont invités. Plus gros que les merles d'Amérique qui y sont aussi, nombreux, ils festoient tous comme à une noce, en sélectionnant d'abord les morceaux les plus tendres. D'un petit coup de bec sec, la tige se casse et le fruit se détache sans affaiblir les autres qui subiront le même sort.

Admirez la nature qui joue à l'artiste dans le sorbier! Sans ménagement aucun, les coups de pinceaux bien assénés ont eu de l'effet. Et le soleil jette des ombres ici et là, exposant des fruits éclatants de couleur. Avec parcimonie, après plusieurs tentatives parfois, les roselins arrivent aussi à se servir. Un colibri a été vivement pris de curiosité. Il a survolé une belle grappe, en frôlant le bec de si près que je croyais bien qu'il goûterait. Mais non, il a vite compris que c'était étranger à sa diète. Plutôt, il a plongé la tête dans les flûtes orange du chèvrefeuille qui étend ses banches à même le mur de la maison, juste à côté.

Un beau dimanche de fin d'été qui ne donne nullement envie de fuir la maison. Le paysage est là, les arbres sont encore en beauté et les plantes font un dernier effort avant de s'endormir pour de bon. Gracieusement, l'eau surgit du sous bois en jouant sa perpétuelle chanson, toujours aussi harmonieuse et jamais avec fausses notes. Et les poissons s'amusent à fouiller le marécage peuplé d'insectes.

Les papillons monarques sont en migration. Ils font honneur à l'unique buddléia qui jonchent la rivière. Les grappes mauves sont si lourdes qu'elles se déploient grassement au-dessus de l'étang, toutes belles et enflammées. Tous les papillons de passage en abusent à leur aise. Bientôt tout se dessèchera, la beauté tirera sa révérence, encore. En attendant, il y a beaucoup à voir et à entendre.