Les billets de René
Liste des billets

En attendant ...
René Lepage

Mon billet qui porte ce titre (voir le billet) a fait dire à quelques-uns des lecteurs que la nostalgie m'avait envahi. Un moment seulement à vrai dire, juste le temps d'y penser et de l'écrire. Mais, quand j'y repense encore, plus sérieusement, je crois bien que ces mauvais souvenirs aient entaché une partie de mon existence.

Plus j'y pense plus j'en suis convaincu, les quelques têtes chaudes que j'ai côtoyées au cours de ma carrière ont fini par me faire regretter de les avoir connues. Ça arrive à tout le monde finalement. Un jour ou l'autre, il y a quelqu'un qui vous cherche. Allez savoir pourquoi! C'est fréquent, sur toute la planète. L'homme veut dominer l'homme, comme Paul Martin envers Jean Chrétien quoi.   Serait-ce la justice qui se manifesterait ainsi? Drôle de justice non! Une ambition démesurée peut-être?

Voyez dans votre entourage, il y a des cas typiques, sûrement. Un ami, un oncle, une tante, ou peut-être même un membre de votre famille immédiate a déjà été subjugué par ces êtres qui n'ont de pouvoir que les mensonges qu'ils profèrent. C'est fatal je crois, un jour ou l'autre on glisse sur une pelure de banane, ingénieusement échappée par celui-là en qui on avait pleine confiance.

Ça m'est arrivé aussi, de glisser j'entends, et c'est inutile de regretter. Le temps qui passe est si beau que je ne peux me résigner à l'assaisonner aux rancunes. Pour faire court, disons simplement que certains, parmi ceux et celles qui m'entouraient, avaient le visage d'un ange et la parole rassurante. Mais en dessous de ces belles apparences, presque à fleur de peau finalement, la carapace est multiforme, multicolore, déroutante et sans vraie compassion.

Ceux-là que j'ai connus avaient des allures de Caméléon et des comportements complaisants selon les lieux et les personnages fréquentés. N'y a-t-il pas là un trait dominant et reconnaissable de ceux qui sont imbus de pouvoir? C'est dans ces bas fonds d'une administration à laquelle j'appartenais que mes réminiscences d'aujourd'hui ont pris racine; que tout mon être s'est appesanti de ces personnages que je vais vite oublier, aussitôt que ce texte aura été achevé.

Plus tard, il y a dix ans déjà, j'ai voulu laisser un message à ces pontifes de malheur, à ces âmes sans scrupule, à ces érudits égarés dont la mission, pourtant éducative au départ, n'avait de sens que la servitude de ceux qui les entouraient.

"Où sont les hommes reprit le petit prince? On est un peu seul dans le désert." Et le serpent de répondre, "on est seul aussi chez les hommes"? (Saint-Exupéry)

L'homme ne change guère. Il répète sottement ses bêtises comme s'il en fut à chaque fois d'une nouvelle trouvaille. La similitude des vies est si semblable que mon adieu du temps est toujours aussi pertinent.

...avant de vous quitter
(Juin 1994)

Quand on a vingt ans et tout son temps
Une prétention de géant
La volonté de tout changer
Rebâtir et recréer
Une soif d'aimer
Tout donner et partager

En ce temps là, le mot d'ordre était servir
Et c'est bien peu dire
Naïveté ou futiles ambitions
À moins que tout ne soit que prétention

Obéir n'a plus de sens aujourd'hui
Pas un jour sans la pluie
Trop de puissance
Pas assez de récompenses

Le pouvoir est dieu
Quiconque s'y frotte avant d'être vieux
Risque de payer de tous ses cheveux

Puis on recommence à croire à la vie
Comme si personne n'avait jamais trahi
Mais les grands sont si puissants
Qu'on ne les rejoint jamais facilement

Il faut encore pardonner
À ceux qui se sont égarés
À ces maîtres accomplis
Épris d'ennui et de mépris

C'est la meilleure façon
D'apprendre la leçon
De s'acquitter de la rançon

Artisans de paix et d'avenir
La vie a repris
Avec euphorie et plaisir

Les oiseaux ont chanté
Sur le sentier des dernières années
Fait de roses et d'amitié.