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Les billets de René
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C'est insupportable!
Première partie
Qui suis-je?

Depuis quelque temps, je subis la cabale d'un frère enseignant de l'école que je fréquente. D'après lui et pour la prochaine année scolaire, je devrais m'inscrire au Juvénat de Champlain, chez les Frères de St-Gabriel. Ainsi, pour entreprendre ma septième année je devrais faire un virage vers ce lieu d'enseignement. Curieusement, avant qu'on me parle de cette nouvelle orientation, nous avions disputé une rencontre avec le club de hockey de cet établissement.

Revoir à nouveau mes anciens compagnons m'avait réjoui bien sûr, mais les rencontres hors glace m'avaient laissé perplexe. Ce jour là, les tables sont mises à la cafétéria et les gars du Juvénat avaient déjà commencé à s'attabler quand j'ai aperçu mon ami Gérard. Je me suis empressé de le saluer tout en l'invitant à s'approcher de notre table. Il m'apprend alors qu'il leur est interdit d'entretenir, ne serait-ce qu'une brève conversation amicale, avec un membre de l'équipe adverse. Ils ont leur table et nous la nôtre. Je ne comprends pas ce refus de parler de choses et d'autres, comme de la partie de hockey que nous venons de disputer. Tout de même, on bouffe notre dîner et nous décampons au plus vite. Je n'ai plus revu Gérard ensuite, il devait perdre la vie au cours de cette même année en ingurgitant une substance malheureuse entreposée dans un contenant identique à celui d'un jus de pomme. Mystère?

À tout prendre, cette nouvelle vie d'étudiants ne me convenait pas du tout. Ma réponse à cet Alcatraz fut négative. En imagination, je ressentais déjà ce perpétuel soi-disant encadrement qui semblait exister partout où je posais les pieds. J'aimerais bien me libérer ce ces chaînes si j'en avais le pouvoir. M'inscrire au Juvénat et ainsi alourdir mon adolescence? Non merci! Je veux plutôt monter que descendre! C'est ce que le cœur me dicte. C'est clair et c'est ce que je veux.

La question bâclée une fois pour toute, je termine ma sixième et comme tous les autres élèves, je pars en vacances. Libre comme l'air, je m'amuse et j'ai du plaisir avec les amis. Mais il y avait encore quelqu'un qui veillait au grain à mon insu. Mon père! Il me voulait du bien sans l'ombre d'un doute mais en même temps, il me créa un profond malaise.

Pour ne rien arranger, disons tout de suite que maman est atteinte d'une maladie dont je ne sais rien du tout. Ce sont mes oreilles qui m'apprendront la gravité de cette horrible chose. Deux ou trois années plus tôt, j'ai perdu mon grand-père de la même manière et je me demande bien ce que le patron d'en haut a prévu pour maman?



Juste le nom me fait frémir. Le cancer! Je suis trop jeune pour tout comprendre mais en même temps assez vieux pour en saisir toute la portée. La mort! Je suis bouleversé et des idées noires trottent dans ma tête du matin au soir. Hélas, il n'y a personne à qui je peux me confier. Je subis mon mal de p'tit gars et je me débrouille comme je peux.

- Viens t'asseoir que mon père me dit, j'ai à te parler!
- Qu'est-ce que j'ai fait de répliquer aussitôt en me sentant coupable de quelque chose qui m'avait échappé?
- Rien du tout, j'ai à te parler simplement!

On ne parlait que très rarement avec mon père et quand il s'adressait à nous, on en tremblait presque toujours de peur.

- Tu sais, me dit-il, il y a un religieux dans toutes les familles nombreuses et je me demandais si le séminaire pouvait être un bon choix pour toi. Tu ferais la fierté de tes parents et celle de tes frères et soeurs aussi!

Mon père avait-il subi l'influence d'une robe noire? Peut-être répondait-il au souhait de l'un d'eux? Il y avait cet homme religieux qui fréquentait la famille depuis quelques années et qui avait sûrement ajouté son grain de sel. Toujours est-il que je me suis retrouvé au séminaire des Trois-Rivières, investi de cette mission de sauver l'honneur de ma famille.

On m'avait pourtant enseigné que l'appel à la prêtrise venait du dedans, mais là ça venait de l'extérieur. On ne se doute pas comme un jeune adolescent puisse être influençable. La culpabilité aidant, j'ai cru en cet appel en croyant bien légitimement qu'elle venait d'en haut. Je passerai donc le reste de mes vacances d'été à mourir d'anxiété, la peur aux tripes. Je suis à nouveau tout mêlé et contrarié, encore une fois prisonnier de ce foutu encadrement qui viendra bien assez vite.

J'avais mal juste à penser au séminaire et pourtant j'y suis maintenant. L'épreuve est encore plus lourde à porter, elle est partout en moi et elle ne me quitte jamais. Je déteste l'encadrement, je voudrais me sauver, fuir loin de la ville. Au dortoir, je suis un étranger qui n'arrive pas à s'intégrer. Et puis, l'odeur des cuisines est repoussante. C'est comme au juvénat, c'est insupportable!


L'homme aime avec ses yeux, la femme avec ses oreilles!