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Les billets de René
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Un certain soir de juin 1957 (Première partie)
Qui suis-je?

Nous voilà à peine sortis d'un rude hiver et on entend partout les gens se plaindre de la chaleur. Ah, si ce n'était des caprices du rude climat, comment pourrions-nous aborder les gens dans la rue, au dépanneur ou ailleurs? Bonjour madame, beau temps pour laver! Bonjour monsieur, quel temps de chien hein! Et la conversation est ainsi vite lancée.

Entre ados cependant, le soir venu, c'est une autre question et presque toujours la même en plus: " Où c'est qu'on va à soir? C'est certain que ce sera une marche, c'est toujours en marchant que nos sorties finissent, seules les directions changent.

Pour d'autres plus chanceux, il y a la bicyclette CCM et les plus nantis en possèdent une à 3 vitesses qui fait clic clic clic quand on cesse de pédaler. Et oui, dans la vie, quoique l'on fasse, il y a toujours quelqu'un à envier. Ça me rappelle qu'il y a une foule de choses dont nous n'aurions pas besoin si nous n'avions pas de voisins. Par chance, dans la rue, nous marchons tous à égalité. Il y a bien les chaussures et le pantalon qui nous différencient mais comme nous disons, le soir tous les chats sont gris.

Comme d'habitude, je marche avec mon frère Gaston, presque toujours en direction des Trois-Rivières. Il y a plus de monde de ce côté de la rivière St-Maurice et les jeunes filles sont plus nombreuses. Il y a Réjean aussi qui ferme le trio habituellement mais ce soir, il travaille à la boucherie, comme à tous les vendredis d'ailleurs.

Toutes les belles filles à voir sont pour nous deux. Les shorts sont de différentes longueurs mais le moulage a le même effet pour nous qui reluquons ces belles gazelles. Bon, me revoilà encore à parler de température! Ah ce que j'aimerais être l'un de ces maringouins qui nous agacent en ce moment. J'irais me poser là, sur une épaule sans doute, et puis, une fois rendu, pourquoi pas un peu plus bas, juste là où le chandail laisse deviner un peu du reste.

Nous filons droit jusqu'au centre ville, rue Des-Forges, où les " sorteux " des Trois-Rivières se donnent rendez-vous; le magasinage pour certains et le simple plaisir d'une balade pour d'autres. Les amoureux s'attardent ici et là, dans les coins plus obscurs de préférence, et s'embrassent amoureusement comme s'ils étaient seuls au monde.

Quel bonheur que celui de notre jeune âge qui cherche tout et rien dans un centre ville pollué de bruits et de monoxyde! Nous nous attardons longtemps sous les réverbères à reluquer l'âme sœur.

Soudain, pour notre plus grand plaisir, une jeune fille tourne la tête en ne cachant nullement son intérêt. Elle cligne juste un œil au passage et nous voilà tous les deux chavirés. À notre sourire que l'on veut invitant, elle s'arrête un peu pour causer. Nous parlons vite de son clin d'œil enjoué et lui demandons vivement à qui de nous deux elle le destinait.

A suivre…

Les femmes disposent de deux armes : le fard et les armes. Par bonheur, ces armes ne peuvent être utilisées simultan.ment avec succès. Napoléon Bonaparte


Le cœur le plus sensible à la beauté des fleurs est toujours le premier blessé par les épines. (?)