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Les billets de René
Liste des billets
Un certain soir de juin 1957 (première partie)
Deuxième partie
Qui suis-je?

Nous poursuivons notre marche, ravis que nous sommes avec cette splendide jeunesse à nos côtés, sans trop comprendre ce qui nous arrive. Notre commune naïveté a vite pris le dessus. Lequel de nous deux préfère-t-elle croyez-vous? Je crois avoir une longueur d'avance avec le clin d'œil que je lui ai spontanément servi. Ne comprenant rien du tout à la psychologie des filles, nous sommes un peu à sa merci, gênés et maladroits. Elle est tellement confiante en ses atouts et nous sommes si dépourvus. C'est comme la fable du renard et du corbeau : elle était la renarde et nous les corbeaux. Nous n'avions de yeux que pour cette ravissante séductrice qui profitait à profusion du fromage échappé.

Plus loin, au carrefour Des-Forges et Notre-Dame, elle s'excuse de devoir nous quitter, son copain est au coin du quadrilatère et il attend l'air confus. Nous nous inclinons sans comprendre, déçus que cette rencontre se termine aussi brutalement. Nous marchons la tête basse et le silence nous habite. Tandis que la déception tarde à nous quitter, Gaston sursaute soudainement sur cet objet qui trône à droite du trottoir. Sa curiosité est vite récompensée. C'est un portefeuille tout détrempé qu'il ouvre aussi vite qu'il peut. L'intrigue me paraît interminable quand il s'empresse d'enfouir l'objet dans ses poches. Sur mon insistance, il se décide enfin, alors que nous avons pris nos distances avec les gens de la rue.

Quatre beaux billets garnissent l'intérieur du portefeuille. Mine de rien, nous sifflons gentiment pour mieux camoufler notre trouvaille. Soudain, Gaston s'exclame : " Quatre-vingt piastres ". Il hurle si fort que j'en fais autant en lui ordonnant de se taire. " Ferme-la, s'il fallait qu'on t'entende ".

Jamais de notre sainte vie nous n'avons tenu autant d'argent dans nos mains. C'est un précieux trésor qui nous réjouit. Nous ne marchons plus, nous volons littéralement entre les passants qui doivent bien se demander ce qui nous enchante autant. Nous sommes riches voyez-vous! La chemise de mon jeune frère vaut de l'or; les dollars y sont enfouis et je veille sur lui comme sur un bébé.

Nous marchons innocemment en direction du parc Champlain tandis que Gaston fouille sa chemise à tout instant. Nous sommes riches que je répète à tout moment, on s'entend comme deux larrons en foire. Du moins jusqu'à ce que la question du partage se pose. Assis sur un banc, à l'écart des oreilles curieuses, je lui suggère de partager le magot. "D'accord, c'est toi qui l'a trouvé mais sans moi tu n'aurais rien vu du tout"!

Bon, dit-il, voyons ce que Thérèse en pensera! C'est notre grande sœur, celle à elle que nous confions tous nos petits secrets. Elle saura bien nous conseiller lui dis-je, mais comment allons-nous dépenser une telle somme?
Troisième partie


Quand un homme est capable de voir objectivement deux aspects d'un problème, dites-vous bien que son argent n'est pas en jeu.


Ne pas être aimé n'est qu'un malheur, mais c'est une misère que de ne pas aimer.